Le Canal du Nicaragua

08/07/2017

       Le canal du Nicaragua va se faire ou pas?

Alors que le canal de Panama a terminé ses travaux d'agrandissement fin 2015, le gouvernement Nicaraguayen a accordé une concession à une entreprise hongkongaise, la HK Nicaragua Canal Development Investment Co. Ltd. (HKND), dirigée par Wang Jing, un milliardaire chinois spécialisé dans les télécommunications. Un projet, d'une valeur de 50 milliards de dollars.

La presse internationale a relayé l'information en mettant en avant les conséquences environnementales et sociales qu'engendre ce projet. Mais elle a oublié l'essentiel du problème. Le projet de canal au Nicaragua est avant tout l'objet d'un accaparement de terres et d'eau. Les terres des plus fertiles du Nicaragua et le lac Cocibolca, deuxième plus grand lac d'eau douce d'Amérique latine.

            Le 7 juin 2013, l'Assemblée nationale du Nicaragua après deux jours de réflexion interne, les textes juridiques  définissant les termes de la concession. Cette législation comporte de dispositions,  abusives qui favorisent l'investisseur, elle lui donne tous les pouvoirs sur les territoires concédés: la route du canal (soit 10 km sur 280 km, coupant le pays en deux d'Est en Ouest et traversant près de 300 communautés), et surtout la possibilité de réclamer tout territoire nécessaire à la construction d'un projet lié. Ayant débuté le jour même de l'approbation de la loi, la concession initiale s'achèvera 50 ans après la fin de la construction du canal interocéanique. Mais si ce canal n'est jamais opérationnel, alors le compte à rebours de 50 ans (renouvelable une fois) ne commencera jamais... Et la concession sera de fait juridiquement illimitée.

Aujourd'hui le flou demeure au Nicaragua : le projet présenté est titanesque, non rentable sur du court ou moyen terme : quel est le réel intérêt de le réaliser ? Le sera-t-il vraiment ? L'incertitude est cultivée. En tout cas sur place, canal ou pas, des équipes d'ingénieurs chinois ont été vues à différents endroits, entre autres sur la route du canal, prenant des mesures, faisant des forages, listant les infrastructures. On peut lire « Fuera los chinos », écrit en chinois sur les murs des maisons depuis que des employés de l'entreprise HKND se sont introduits chez des Nicaraguayens sans autorisation. Depuis bientôt deux an, des Nicaraguayens s'organisent dans tout le pays - on compte aujourd'hui plus de cinquante manifestations - pour contester la construction de ce canal interocéanique. Si celui-ci est devenu le symbole de cette mobilisation, ceux qui y participent ont compris que le réel danger se situe dans le domaine juridique. Les banderoles affichent toujours « NO AL CANAL ».